Employées de maison
Qui étaient ces grands bourgeois de Lyon qui venaient dans ce petit village pour recruter des employées de maison.
Ce n'étaient pas des médecins, ce n'étaient pas des avocats ou des ingénieurs, ma mère en aurait parlé.
Etaient-ils des nobles déchus, je ne sais, pourquoi ce silence de ma mère sur ses anciens patrons, pourquoi l'absolu séparation quand elle fut mariée.
J'ai connu des employées de maison que j'avais choisi pour amies à cause de leurs franchises, de leurs simplicités, de leurs générosités. Elles ne ressemblaient pas à mes collègues employées, aides soignantes, infirmières.
Toutes, elles aimaient parler de leurs travaux, de leurs horaires pesants, de leurs vacances avec leurs patrons, des exigences, des rares jours de congés. Aucune cachait l'identité et le métier de l'employeur. Beaucoup avaient gardé quelques relations avec leurs employeurs où elles avaient passé leurs jeunesses et parfois toute leurs vies.
Pourquoi ce silence de ma mère sur toute une partie de sa vie.
Pourquoi me disait-elle cette phrase que je trouvais scandaleuse :
" J'aurais préféré que tu sois employée de maison comme ton amie au moins tu aurais eu une famille ! "