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Des graines de violence
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13 janvier 2011

Les mamans

" Laisse tomber, maman est là "
Mais maman a envie d'autres choses, surtout pas de cuisine ou de super marchés.
Quoi donc ? le sait-elle ?
Les petits cailloux de son enfance, les chants d'oiseaux, les arbres de la forêt, les fleurs qu'elle n'a pas cultivées, le vent qui discute plus qu'une commère, les montagnes, la mer, les bateaux, les couchers de soleil orangés, les soleils éteints comme la lune, le silence, le regard émerveillé des enfants.
De l'émeraude au bleu intense, du blanc nacré au jaune crémeux, de l'orangé au violet coléreux, du vert éveillé au brun endormi, de l'ocre gris à l'ocre jaune, des mots qui chantent au fond de son coeur aux mots fous et violents qui la déchirent.
Maman attend-t-elle sa mère dans son souvenir, sa mère éplorée, inconsolable depuis la maladie de son fils chéri, avare en compliment et prodigue en conseils mal appropriés, sa mère avare en tendresse et prodigue en reproches elle qui avait un avis sur tout et sur tous. Cette mère réformatrice de cette petite société dans son ambition éveillé.
Attend-t-elle son père énigmatique, serein, courageux et coléreux devant les contradictions. Ce père dur pour le fils, tendre pour la fille. Rétablisseur d'équilibre, qui savait se taire et donner de la tendresse, qui savait voir au delà de la réalité et entendre au delà du silence. Serein et tranquille ou alors mer en furie.
Comment a-t-il pu contenir ce bouillonnement qui était en lui et qu'il savait si bien cacher.
Attend-t-elle sa grand-mère alerte aux cheveux argentés, grande marcheuse, grande courageuse, obligée de secouer son mari timoré et douillet.
Six enfants, deux en pension, deux au travail à Lyon et le garçon, le seul à aider son père à travailler. Elle a dit non à la guerre, une c'était suffisant avec son hécatombe, mais voilà le fils a dû partir et ils sont restés seuls sur la colline.
Descendre chercher le pain, l'huile, le sel, élever le cochon, les lapins, les poules, garder les chèvres, faire le jardin !
Accompagner son mari dehors car avec sa cataracte, il a une peur bleue de tomber !
Partir voir les petits enfants, arriver le ventre creux vers treize heures, repartir pour les cinq kilomètres et rentrer avant la nuit.
Partir voir la fille de son fils, demander des nouvelles du prisonnier et repartir vite pour faire la soupe.
Partir de grand matin rejoindre le laitier, faire la tournée avec lui et arriver vers dix heures chez sa fille de l'autre village. Dormir d'un demi oeil pour ne pas oublier le jour qui se lève et le laitier-stop.
Trouver l'homme grommelant car il n'a pas mangé la soupe, le pain était trop sec et la saucisse trop salée.
Savoir rentrer le fourrage pour l'hiver, conserver la paille et le blé, rentrer les pommes de terre, les carottes, les betteraves, les topinambours, les poires, les raisins séchés, les noix, les noisettes, les châtaignes chétives.
Tirer l'eau de la citerne, économiser l'eau quand le soleil desséche la terre.
Et le Dimanche, on se lave, on se fait beau et on descend vite à la messe et on visite le cimetière.
Et les arbres, le jardin, les fleurs, les couchers de soleil. Quel beau paysage vu du haut de la colline, et les clochettes bleues accrochées, on ne sait comment à la marnière verticale.
Cette marnière et cette baume à surveiller tous les hivers, pas de murette pour retenir la terre, veiller à ne pas couper les broussailles qui retiennent la terre, cette terre qui retombe en sable !
Elle se souvenait des quelques sous gagnés durement à la fabrique, des économies, de la machine à coudre offerte pour son mariage arrangé... et cette propriété avec ses terres très en pente.
Elle se souvient d'une enveloppe sur la table, interdiction de toucher pour les enfants !
( texte ancien )

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