Guerres et oiseaux
L'oiseau a construit son nid dans un territoire ennemi ; quelle idée de s'installer de l'autre côté de ce grand mur de quatre mètres de haut surmonté de fils de fer barbelés.
L'oiseau blanc ne craignait pas, il avait confiance en ses ailes et il lui fallait bien une maison pour abriter ses petits qui venaient d'éclore. Les oisillons piaillaient de faim et lui partait dans le ciel bleu à la recherche de quelques mouches ou de quelques moustiques.
Mais l'oiseau avait peur, il craignait pour ses enfants qui semblaient pourtant bien à l'abri dans un olivier. Il y avait de nombreux nids dans ces oliviers millénaires mais le mur était là gardé par une armée prête à tirer sur tout ce qui bouge...
De gros oiseaux à deux pattes et en uniformes rouges couraient de ci de là en poussant des cris, ils étaient armés jusqu'aux dents. Plusieurs volatiles conduisaient des chars qui se trouvaient près du passage, un passage étroit et bien surveillé. D'autres volatiles avec le même uniforme se tenaient sur les tours de gué avec des mitraillettes. Du ciel, l'oiseau observait tous ces oiseaux verts piétonniers qui négociaient avec les militaires pour traverser de l'autre côté du mur. Tous ces volatiles rouges ou verts n'avaient pas encore d'aile c'est pour cela qu'ils s'insultaient et que les enfants jetaient des pierres aux soldats menaçants.
Ce jour là, vers midi il entendit des bruits de bulldozers qui arrivaient par la route de la colonie, il frissonna et d'un coup d'ailes, il fut présent auprès de ses petits.
L'ambiance était chaude entre les conducteurs d'engins et les oiseaux qui protégeaient leurs oliviers. L'armée arriva à la rescousse, tout ce terrain de sept hectares qui longeait le mur allait être exproprié évidemment sans indemnité. On construirait une autoroute pour desservir les colonies et ensuite il y aurait une zone tampon de sécurité sous contrôle de l'armée.
" Partez sans commentaire... on dit les militaires.
" Nous avons ici nos terres, nos maisons depuis l'antiquité et nos enfants sont trop fragiles pour partir à l'aventure "
Mais les bulldozers faisaient leur travail de destruction sous la protection de l'armée. On réquisitionna toutes les vieilles Peugeot bâchées pour récupérer les oisillons encore bébés, ils n'avaient qu'un faible duvet pour les protéger de la pluie menaçante.
Voilà le cortège qui s'ébranle vingt voitures pleines d'oisillons de toutes espèces, de toutes couleurs, de tout âges et tout ce petit peuple piaillait et pleurait. Puis les gros engins détruisirent tous ces oliviers vénérables qui avaient nourri une multitude de générations. Un vrai désastre, des racines énormes à la verticale imploraient un ciel d'orage qui lui aussi menaçait !
Ils arrivèrent au village frontalier loin du mur et le soir même les oiseaux commencèrent à reconstruire leurs nids dans des oliviers qu'on leur avait donnés. Ils habitèrent donc là sans terre cultivable, sans argent, sans travail comme des étrangers dans leur propre pays. Ils habitèrent cette prison gigantesque gardée par l'armée, combien de temps seraient-ils là encore comme des esclaves !
Mais un jour viendra où des ailes leurs pousseront et où ils pourront aller et venir à leur guise en se méfiant quand même des missiles qui visent on ne sait quoi... des oiseaux verts terroristes paraît-il...
La vengeance appelait la vengeance et tous les jours on enterrait des oiseaux verts et parfois des rouges !
Une culture de mort sans pardon.
L'oiseau blanc sillonnait le ciel avec son rameau d'olivier dans le bec ... Malgré la guerre, il gardait une tendresse pour les oiseaux verts ou rouges qui souvent étaient la cible de balles ou d'explosifs. Il voyait tous les terrains spoliés pour les colonies, tous les oliviers arrachés, toutes les maisons rasées.
Il parcourait le pays, il voyait des villes en ruine, des oiseaux dans les gravats morts ou blessés, il voyait les cimetières avec leurs tombes fraîches qui s'étendaient des deux côtés du mur, il voyait les cars calcinés et les magasins explosés. Il entendait le bruit des armes qui ne voulaient pas se taire. Il savait que les marchands d'armes jubilaient, jamais leurs entreprises n'avaient été aussi florissantes, jamais leurs actions n'avaient monté si haut !
Il était très en colère mais que pouvait-il faire, allait-il lui aussi prendre les armes ou les explosifs pour se défendre. Non, il ne voulait pas tirer, était-il un lâche, il voyait que la haine entre eux semblait éternelle et que ce conflit n'aurait jamais de fin tant que de part et d'autre on ne parlerait pas de ce grand problème de justice et peut-être de coopération...
Mais les corps étaient durs, ils voulaient tuer, ils entravaient les négociations, ils étaient fous plein d'arrières pensées, de soif de domination, d'intégrismes et de racismes.
Les deux religions, au lieu d'essayer de faire la paix attisaient la haine et la vengeance. C'était trop, il ne pouvait pas appeler cela des religions, ces hystériques qui ne cherchaient que le pouvoir et qui voulaient établir de part et d'autre du mur des états théocratiques opposés.
L'oiseau blanc pleurait sur Jérusalem la folle ...il aurait voulu que ses ailes deviennent immenses pour la préserver de l'anéantissement.
Il planait sur Ramallah, la résistante, que pouvait-il faire pour la protéger et sauver ses oisillons qui ne méritaient une jeunesse de guerre et de mort...
Et si comme dans l'antiquité un nouveau déluge venait noyer chars et combattants.
Il faut vite que les petits oisillons à deux pattes fassent pousser leurs ailes !
Alors peut-être il n'y aura plus d'esclavage.