Une ferme
Quand on allait chercher une bouteille de vin dans la cave voûtée , son odeur nous sautait au nez !... Les tonneaux étaient rangés par ordre de grandeur, du ( demi-mi ) au plus petit. Ces tonneaux si bien réussis par les mains expertes de mon père.
Dans le coin opposé dormaient les betteraves fourragères et " les racines " blanches ou rouges pour les hommes.
Les pommes de terre étaient entassées dans la beaume de la cave noire, non voûtée qui pouvait bien s'écrouler, sait-on jamais ?
Sa porte était une porte de prison avec un verrou extérieur digne du moyen âge. On avait intérêt d'être sage, pour ne pas mériter d'être fermé dans le noir.
Aujourd'hui c'est un jour faste, maman a briqué la grande chaudière qui sentait l'acidité des bouillies du troisième jour pour les cochons. Aujourd'hui , on va faire du sucre ou de la mélasse, qui nous as donné des betteraves sucrières ou bien est-ce des betteraves fourragères, je ne sais pas. C'est fini, on peut passer son doigt et retirer de la paroi cette mélasse sucrée !
Va-t-elle la mettre dans les biches en poterie, je ne sais ; peut-être n'y en a-t-il plus de vides car elles contiennent les saucisses à l'huile et les plus petites le beurre fondu ou la graisse blanche.
Et puis, il y a une grande biche à la cave noire, elle est pleine d'oeufs qui trempent dans un mélange blanc, est-ce du silicate, ce nom me revient en mémoire ou de la chaux. Croyez-vous vraiment que ces oeufs étaient consommables ?
Les choux d'huile aux fleurs jaunes étaient coupés, qui va les battre, qui va faire l'huile, est-ce un spécialiste ?
La gemme du raisin est chargée dans le tombereau, on part au village où trône un alambic ! on revient avec deux grosses bonbonnes d'eau de vie qu'on montent à l'étage dans un petit placard spécial. On en descend pour de rares occasions, on en vend quelquefois, mon père en boit très rarement bien qu'il y ait le litre sur la plus haute étagère de l'évier. On s'en sert de désinfectant pour les plaies, de gargarismes pour les angines et pour faire des frictions aux enfants " qui ont les poumons pris...)
Eaux de vie pour survivre ou pour mourir rapidement, suivant les familles. Certains paysans ne peuvent commencer la journée sans se brûler le gosier avec cette eau de mort. Pour certains, c'est la cirrhose sans traitement, on accepte son sort, c'est mektoub !